“Je ferai tout pour livrer les Cinq Étoiles de Pau”, Pascal Sayous

Alors qu’ont d’ores et déjà été annulés ceux de Lexington, Badminton, Luhmühlen et Adélaïde, initialement prévus en avril, mai, juin et novembre, et balayés par le pandémie de Covid-19, certains fans de concours complet tremblent désormais pour les CCI 5*-L de Burghley et Pau, programmés en septembre et octobre, tout en croisant les doigts évidemment. Du 21 au 25 octobre en Béarn, Pascal Sayous, président de Centaure Production, société organisatrice du plus grand complet français, espère bien pouvoir accueillir le gratin mondial de la discipline, ainsi que les championnats du monde d’attelage à un cheval, et bien sûr son public sans lequel les Cinq Étoiles de Pau n’auraient évidemment pas lieu d’être. En dépit des incertitudes, il préfère rester optimiste.



Pascal Sayous, président de Centaure Production, société organisatrice des Cinq E´toiles de Pau.

© Nicolas Hodys/Les Cinq Étoiles de Pau

Comment allez-vous? Et dans quel état d’esprit êtes-vous à un peu moins de six mois du coup d’envoi de l’édition 2020 des Cinq Étoiles de Pau?

Je vais bien, merci. Je suis confiné chez moi, à une vingtaine de kilomètres de Pau. C’est calme et confortable, donc je ne suis pas à plaindre. En revanche, j’aimerais pouvoir travailler plus et mieux. Pour résumer ma situation, je suis comme le capitaine d’un voilier sur une mer d’huile par temps de brouillard! (rires)

Comment se présente cette édition 2020?

D’abord, il me faut peut-être rappeler que les Cinq Étoiles de Pau ne sont pas un événement financé par ses participants, à travers les frais d’engagement, comme cela peut être le cas à un certain niveau dans certaines disciplines. Le nôtre vit avec 75% de recettes privées (sponsoring, exposants et billetterie essentiellement, ndlr) et 25% de subventions publics. Je n’ai pas de craintes quant à mes partenaires publics, qui me suivront, avec des réserves le cas échéant. C’est plus compliqué avec nos interlocuteurs privés, qu’il s’agissent de partenaires, d’exposants ou de prestataires. Sincèrement, il est difficile en ce moment de planifier l’aménagement d’un espace de réception ou de négocier de la visibilité à la télévision… En tout, cela représente généralement deux cents contrats à signer, donc ce n’est pas rien. D’habitude, nous profitons de cette période pour nous avancer sur un maximum de points, ce qui n’est pas possible actuellement, et nous ne pourrons pas tout rattraper en un mois, donc j’espère que la reprise ne pas trop tarder…

Ensuite, je suis dans l’incertitude quant à une deuxième vague de contaminations et un possible re-confinement que certains nous annoncent à la fin de l’été ou cet automne. Cela signifie que nous travaillons tout en sachant qu’au mois de septembre, on nous demandera peut-être d’annuler ou bien on nous imposera des règles sanitaires impossibles à respecter… Ce serait vraiment terrible, parce que nous aurons déjà engagé beaucoup de frais à ce moment-là. C’est ce qui s’est passé pour certains beaux rendez-vous prévus en Grande-Bretagne.

Naturellement, il est impossible d’imaginer un tel événement sans public…

Bien sûr. Cela peut être envisagé pour un événement plus modeste mais cela n’aurait pas de sens pour nous, et nous priverait des revenus liés aux exposants et à la billetterie. J’espère que les médecins auront d’ici là trouvé un traitement permettant de diminuer la charge virale, de mieux soigner la maladie et surtout de réduire drastiquement la mortalité, de sorte que ce Covid-19 puisse être considéré comme une maladie plus normale. C’est donc une énorme prise de risque, que j’assume. Je ferai tout pour livrer cet événement et mobiliser un maximum de spectateurs.

Combien de personnes œuvrent à vos côtés pour mettre ce concours sur pied?

C’est progressif. Nous étions trois. Nous devons passer à cinq à partir du 11 mai et puis monter en puissance à l’approche de l’événement, jusqu’à atteindre cinquante collaborateurs, auxquels s’ajoutent les trois cent cinquante bénévoles de Pau Events, notre association partenaire. Je n’ai pas d’inquiétude à ce sujet, mais plutôt quant à la santé financière de nos partenaires… Je pense que cette édition 2020 est jouable mais nous nageons dans le flou. D’autres organisateurs me disent que je suis avantagé d’avoir un événement programmé au dernier trimestre, ce que je peux comprendre, mais il n’en demeure pas moins que c’est maintenant, au plus fort de l’incertitude et de la crise sanitaire, que je dois boucler mon budget.

Avec le report des Jeux olympiques de Tokyo à 2021 et l’annulation des CCI 5*-L d’Adélaïde et surtout de Lexington, Badminton et Luhmühlen, ne vous dites-vous pas qu’il y a une opportunité d’accueillir à Pau un plateau plus relevé que jamais?

Il y a ces CCI 5*, mais aussi bon nombre de beaux rendez-vous de niveau 4* qui sont habituellement des temps forts de la saison (Chatsworth, Saumur, Houghton Hall, Tattersalls, Chaumont-en-Vexin, Wiesbaden, Aix-la-Chapelle, Bramham ou encore Blenheim, ndlr). Je ne sais pas ce qu’il adviendra du CCI 5*-L de Burghley, mais j’espère qu’il pourra se tenir comme prévu. En tout cas, il faudra bien que les chevaux puissent reprendre progressivement avant de pouvoir disputer un concours comme le nôtres. 

Pour ce qui est du plateau, Pau n’a pas à rougir des précédentes éditions. Il suffit de regarder les palmarès des cavaliers que nous accueillons chaque automne. Tous les meilleurs sont au rendez-vous, sauf quand leurs chevaux sont trop fatigués ou blessés. Notre record avait été établi à soixante-quatre partants. Nous avons un plafond fixé à quatre-vingts, que nous assumerons le cas échéant.

Et, même si l’on en parle moins, nous recevrons les championnats du monde d’attelage à un cheval, auxquels nous sommes très attachés et qui représentent une logistique énorme avec soixante à soixante-dix équipages attendues. Là aussi, je veux rester optimiste, et compte sur la formidable équipe qui m’entoure pour redoubler d’efforts. Je croise aussi les doigts pour les Mondial des jeunes chevaux du Lion-d’Angers, programmé une semaine avant notre événement.